Edito

La solidarité territoriale, grande oubliée du plan de relance
Article publié le 2009-01-05
Les décideurs économiques et politiques français et étrangers ont enfin pris conscience de l'ampleur de la crise. Ils reconnaissent qu'elle dépasse largement les habituelles crises conjoncturelles et qu'elle va changer pour longtemps l'économie, la société et la politique. Malheureusement très peu en ont mesuré les conséquences sociales et territoriales.

N'en déplaise à Alain MINC, ce sont les personnes les plus modestes qui vont être touchées par cette crise. La France "qui se lève tôt" va durement souffrir de la récession économique. Il ne suffit pas de déclarer de manière méprisante :" quand on est fonctionnaire possesseur d'un livret A on n'est pas touché par la crise", pour démontrer que seuls les gens riches vont perdre de l'argent.
Les travailleurs pauvres et notamment les intérimaires sont les premières victimes des plans sociaux. Raison de plus pour que l'Etat intervienne en faveur du pouvoir d'achat des plus modestes non seulement pour éviter que l'économie tourne au ralenti mais aussi et surtout pour des raisons élémentaires de justice et de solidarité.

L'impact de cette crise sera dramatique sur le plan social mais aussi sur le plan territorial. Elle va en effet frapper les régions les plus pauvres comme le Nord-Pas-de-Calais, car les secteurs en grave récession économique, le bâtiment et l'automobile, sont des industries de main d'œuvre.
A elle seule la crise de l'industrie automobile va engendrer une véritable fracture territoriale. Cette industrie qui fut l'outil de la reconversion industrielle des années 70 et 80 emploie directement ou indirectement 10% de la population active de notre pays.
Son poids économique dans le Nord-Pas-de-Calais pèse plus lourdement encore. Elle représente 55000 emplois directs, plus de 20% de l'économie régionale globale, et beaucoup plus encore dans certains territoires comme le Douaisis, le Valenciennois ou l'Avesnois

C'est un véritable tsunami social qui se profile dans notre région. Regardons la réalité économique et sociale de ce début d'année en face. Les chiffres parlent d'eux même : la Française de Mécanique (3.800 salariés), PSA (2.300 salariés), Renault Douai (5.400 salariés), Toyota Valenciennes (3300 salariés), Maubeuge construction automobile (2300 salariés) et beaucoup d'autres ont arrêté leur activité pour quelques semaines.

C'est en tout au moins 40.000 salariés de l'industrie qui seront en chômage technique au mois de janvier. Au-delà des conséquences immédiates en termes de pouvoir d'achat pour ces familles, il règne un grave climat d'incertitude sur les conséquences de la crise en termes d'emploi. Les intérimaires et les sous-traitants sont déjà touchés. A titre d'exemple :

- Sevelnord Hordain se sépare de 400 intérimaires.
- Valéo Etaples se sépare de 150 intérimaires après seulement 8 jours d'ouverture en décembre.
- MCA Maubeuge de sépare de 500 intérimaires et annonce l'arrivée d'un responsable social, ce qui fait planer le doute sur un prochain plan social.

Selon Philippe CLAYE, de l'ARIA (Association Régionale de l'Industrie Automobile), personne ne mesure encore précisément les conséquences de la crise. Les entreprises naviguent à vue, utilisent beaucoup le chômage technique et la flexibilité jusqu'en février prochain, mais après…
A cette crise de l'industrie automobile s'ajoutent aussi la crise de la VPC (La Redoute, Les 3 Suisses) avec encore plusieurs milliers d'emplois en danger, et, comme dans toutes les régions, la crise du bâtiment, industrie de main d'œuvre.

Il y a donc urgence à agir, à exiger de l'Etat des mesures en faveur des régions qui vont être sinistrées. Une discrimination positive en faveur des territoires plus impactés par la crise se justifiait et s'imposait. Malheureusement, il n'en est rien : la solidarité territoriale est la grande oubliée du plan de relance.

En d'autres temps les élus auraient hurlé pour exiger un plan de l'Etat pour mener cette deuxième bataille de la reconversion industrielle. Aujourd'hui ils sont étrangement silencieux.
Le silence des parlementaires UMP n'est pas en soi surprenant. Leurs propos et actions sont motivés par le seul soutien au Président de la République.
La timidité des parlementaires PS est plus surprenante. Est-ce un phénomène psychologique ? Ceux qui ont mené la bataille de la première reconversion industrielle ont-ils encore assez d'énergie pour mener ce nouveau combat pour une solidarité territoriale ? Ou alors est-ce tout simplement une anesthésie qui résulte des combats internes du congrès de Reims ?

Quelles que soient les raisons de ce silence des élus, bonnes ou mauvaises, nous pensons qu'il est urgent de le rompre. C'est pourquoi nous prenons délibérément l'initiative de demander un volet territorial du plan de relance en faveur des régions qui seront les plus lourdement frappées par la crise.

70% des investissements publics sont financés par les collectivités. Cette ambition repose sur l'impôt local ou sur l'emprunt. Le volet territorial d'un nouveau plan de relance stimulerait l'investissement et accélérerait la mutation économique. Cette politique d'aménagement du territoire tant attendue pourrait se traduire par un certain nombre de mesures :

- le renforcement temporaire de la dotation globale de fonctionnement pour les collectivités des bassins les plus touchés par le chômage.
- la création de zones franches ponctuelles et spécifiques pour certains territoires très touchés à l'image de ce qui s'est fait dans les Ardennes
- la réalisation d'équipements structurants financés à 100% par l'Etat, comme de nouveaux sillons ferroviaires pour le TER ou le fret (par exemple entre Arras, le bassin minier et la métropole lilloise), des équipements portuaires sur la façade maritime pour la mise en place de "l'autoroute de la mer" ou encore le canal Seine Nord en choisissant de dispenser le conseil régional du Nord-Pas-de-Calais, celui de Picardie ou les conseils généraux de participer à son financement.


Cette crise est une épreuve douloureuse, redoutable pour la France et pour l'Europe. Nous n'en sortirons qu'au prix d' efforts partagés, justes et équilibrés. Voilà pourquoi la question de l'aménagement du territoire en France et plus encore en Europe est pour nous l'une des clefs qui permettra de triompher de cette crise.


Olivier HENNO
maire de St André
conseil général du Nord
1er vice-président de Lille Métropole
président du MoDem 59

Jean-Marie VANLERENBERGHE
maire d'Arras
Sénateur du Pas-de-Calais
président de la communauté urbaine d'Arras
président du MoDem 62

PLUS DE SEVERITE POUR LES PEDOPHILES :
Article publié le 2007-08-22
L'enlèvement du petit Enis a plongé le pays tout entier dans l'inquiétude, puis le soulagement lorsqu'il a été retrouvé, et enfin, l'horreur lors de la découverte de la personnalité de son ravisseur pédophile multirécidiviste. Les récentes déclarations de Francis EVRARD qui revendique pas moins de 40 agressions sexuelles donnent le dégout et font froid dans le dos.
Les plus hauts responsables politiques, jamais en retard d'une émotion, ont réagi immédiatement. Etre en empathie totale avec les victimes est bien sûr totalement légitime.
Seulement, les citoyens français attendent autre chose du Président et du Gouvernement. C'est pourquoi je ne peux m'empêcher de poser quelques questions de bon sens : pourquoi après neuf lois sur la délinquance en 5 ans, le salut résulterait d'une nouvelle loi ? Pourquoi faut-il toujours attendre un drame, une catastrophe ou un événement horrible pour déclencher l'action des responsables publiques ? Pourquoi les 9 lois précédentes sur la délinquance n'ont-elles pas prévu le renforcement du suivi des délinquants sexuels, la création d'hôpitaux fermés pour les soigner et la castration chimique ? J'avoue ne plus croire en ces effets d'annonce qui ont pour seul objectif de répondre à l'émotion mais qui n'apportent jamais de solution aux problèmes les plus graves.
Il est temps de dire que la France ne souffre pas d'une absence de textes répressifs mais au contraire d'une inflation législative sans précédent.
Avant d'envisager de nouvelles lois, il serait plus pertinent de veiller à l'application des textes en vigueur. Si on ne veut plus de prédateurs comme Francis EVRARD en liberté, il faut donner des moyens supplémentaires à la police et à la justice pour faire appliquer les lois existantes, pour traiter les délinquants sexuels.
Il faut des moyens pour la psychiatrie, des moyens pour encadrer les criminels, bref de l'argent qui permette d'être efficace là où cela est nécessaire, c'est-à-dire sur le terrain.
Les françaises et les français attendent des responsables politiques une appréhension juste des problèmes de société, une capacité d'anticiper des solutions et, enfin, une volonté de les mettre en œuvre sur le terrain dans un délai restreint.
Là se situe sans doute la rupture tant attendue. Moins de discours, moins de réaction enflammée mais plus d'actions et surtout plus de solutions débattues et réfléchies.
C'est la raison pour laquelle je propose d'arrêter de juger les responsables publiques sur leurs intentions, mais plutôt de les juger sur des réalisations concrètes.
Donnons rendez-vous à l'opinion dans un an pour voir ce qui aura réellement été mis en œuvre dans les faits et sur le terrain pour empêcher des pédophiles récidivistes de représenter un danger pour les enfants.
Après la sortie de crise, quel avenir pour l'Europe ?
Article publié le 2007-07-11
Le marathon de Bruxelles est un compromis qui permet de sortir de la crise européenne, rien de plus.
Grâce à la présidence allemande, laquelle a reçu le renfort de plusieurs chefs d'Etat et de Gouvernement notamment le chef d'Etat français, un cadre va être donné aux représentants des Etats pour élaborer un traité.
Les militants de l'Europe communautaire sont soulagés, même s'ils ont parfaitement conscience qu'on laisse la part trop belle aux eurosceptiques.
Je suis choqué que des Chefs d'Etat et de Gouvernement aient perdu leur temps à décider que le drapeau européen et l'hymne à la joie ne fassent plus partie de nos symboles communs, comme si le prix du compromis exigeait la disparition des symboles de l'Europe fédérale.
Bref, comme l'a dit Jacques DELORS, on a préféré le vague à la clarification.
J'ai la conviction que l'heure de la prise de conscience va bientôt sonner.
Nous ne pourrons faire avancer l'Europe avec ceux qui ne le veulent pas. Il faut que des pays comme la Grande-Bretagne, les Pays-Bas et la Pologne prennent leurs responsabilités. Dedans ou dehors.
Il nous faut nous battre pour une véritable constitution à approuver lors d'un referendum européen avec double majorité, celle des peuples et celle des Etats.
Ceux qui auront dit Oui à l'approbation du texte pourront travailler à la construction d'une véritable Europe fédérale. Les autres se verront proposer des partenariats privilégiés.
Ce choix de la différenciation est la condition préalable pour avancer enfin sur la dimension économique et sociale de l'Union sans se limiter à la seule dimension monétaire.
D'autres sujets pourront aussi être abordés dans la clarté comme l'énergie ou l'environnement.
C'est le seul chemin possible pour ceux qui refusent comme l'a souligné Romano PRODI une Europe qui avance au rythme des moins engagés et des eurosceptiques.